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ЖАНРЫ

Bel-Ami / Милый друг
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Elle aurait crie longtemps, mais Mme de Marelle avait ouvert la porte de la loge, et elle se sauvait, a travers la foule, cherchant eperdument la sortie.

Duroy s'etait elance derriere elle et s'efforcait de la rejoindre.

Alors Rachel, les voyant fuir, hurla, triomphante:

– Arretez-la! Arretez-la! Elle m'a vole mon amant.

Des rires coururent dans le public. Deux messieurs, pour plaisanter, saisirent par les epaules la fugitive et voulurent l'emmener en cherchant a l'embrasser. Mais Duroy l'ayant rattrapee la degagea violemment et l'entraina dans la rue.

Elle s'elanca dans un fiacre vide arrete devant l'etablissement. Il y sauta derriere elle, et comme le cocher demandait: «Ou faut-il aller, bourgeois?» il repondit. «Ou vous voudrez.»

La voiture se mit en route lentement, secouee par les paves. Clotilde, en proie a une sorte de crise nerveuse, les mains sur sa face, etouffait, suffoquait; et Duroy ne savait que faire ni que dire.

A la fin, comme il l'entendait pleurer, il begaya.:

– Ecoute, Clo, ma petite Clo, laisse-moi t'expliquer! Ce n'est pas ma faute… J'ai connu cette femme-la autrefois… dans les premiers temps…

Elle degagea brusquement son visage, et, saisie par une rage de femme amoureuse et trahie, une rage furieuse qui lui rendit la parole, elle balbutia, par phrases rapides, hachees, en haletant:

– Ah!.. miserable… miserable… quel gueux tu fais!.. Est-ce possible?.. quelle honte!.. Oh! mon Dieu!.. quelle honte!..

Puis, s'emportant de plus en plus, a mesure que les idees s'eclaircissaient en elle et que les arguments lui venaient:

– C'est avec mon argent que tu la payais, n'est-ce pas? Et je lui donnais de l'argent… pour cette fille… Oh! le miserable!..

Elle sembla chercher, pendant quelques secondes, un autre mot plus fort qui ne venait point, puis soudain, elle expectora, avec le mouvement qu'on fait pour cracher:

– Oh!.. cochon… cochon… cochon… Tu la payais avec mon argent… cochon… cochon!..

Elle ne trouvait plus autre chose et repetait:

– Cochon… cochon…

Tout a coup, elle se pencha dehors, et, saisissant le cocher par sa manche:

– Arretez!

Puis, ouvrant la portiere, elle sauta dans la rue.

Georges voulut la suivre, mais elle cria: «Je te defends de descendre», d'une voix si forte que les passants se masserent autour d'elle; et Duroy ne bougea point par crainte d'un scandale.

Alors elle tira sa bourse de sa poche et chercha de la monnaie a la lueur de la lanterne, puis ayant pris deux francs cinquante elle les mit dans les mains du cocher, en lui disant d'un ton vibrant:

– Tenez… voila votre heure… C'est moi qui paye… – Et reconduisez-moi ce salop-la rue Boursault, aux Batignolles.

Une gaiete s'eleva dans le groupe qui l'entourait. Un monsieur dit: «Bravo, la petite!» et un jeune voyou arrete entre les roues du fiacre, enfoncant sa tete dans la portiere ouverte, cria avec un accent suraigu: «Bonsoir, Bibi».

Puis la voiture se remit en marche, poursuivie par des rires.

VI

Georges Duroy eut le reveil triste, le lendemain.

Il s'habilla lentement, puis s'assit devant sa fenetre et se mit a reflechir. Il se sentait, dans tout le corps, une espece de courbature, comme s'il avait recu, la veille, une volee de coups de baton.

Enfin, la necessite de trouver de l'argent l'aiguillonna et il se rendit chez Forestier.

Son ami le recut, les pieds au feu, dans son cabinet.

– Qu'est-ce qui t'a fait lever si tot?

– Une affaire tres grave. J'ai une dette d'honneur.

– De jeu?

Il hesita, puis avoua:

– De jeu.

– Grosse?

– Cinq cents francs!

Il n'en devait que deux cent quatre-vingts.

Forestier, sceptique, demanda:

– A qui dois-tu ca?

Duroy ne put pas repondre tout de suite.

– … Mais a… a… a un Monsieur de Carleville.

– Ah! Et ou demeure-t-il?

– Rue… rue…

Forestier se mit a rire:

– Rue du cherche-midi a quatorze heures, n'est-ce pas? Je connais ce monsieur-la, mon cher. Si tu veux vingt francs, j'ai encore ca a ta disposition, mais pas davantage.

Duroy accepta la piece d'or.

Puis il alla de porte en porte, chez toutes les personnes qu'il connaissait, et il finit par reunir, vers cinq heures, quatre-vingts francs.

Comme il lui en fallait trouver encore deux cents, il prit son parti resolument, et, gardant ce qu'il avait recueilli, il murmura: «Zut, je ne vais pas me faire de bile pour cette garce-la. Je la paierai quand je pourrai.»

Pendant quinze jours il vecut d'une vie econome, reglee et chaste, l'esprit plein de resolutions energiques. Puis il fut pris d'un grand desir d'amour. Il lui semblait que plusieurs annees s'etaient ecoulees depuis qu'il n'avait tenu une femme dans ses bras, et, comme le matelot qui s'affole en revoyant la terre, toutes les jupes rencontrees le faisaient frissonner.

Alors il retourna, un soir, aux Folies-Bergere, avec l'espoir d'y trouver Rachel. Il l'apercut, en effet, des l'entree, car elle ne quittait guere cet etablissement.

Il alla vers elle souriant, la main tendue. Mais elle le toisa de la tete aux pieds:

– Qu'est-ce que vous me voulez?

Il essaya de rire:

– Allons, ne fais pas ta poire.

Elle lui tourna les talons en declarant:

– Je ne frequente pas les dos verts.

Elle avait cherche la plus grossiere injure. Il sentit le sang lui empourprer la face, et il rentra seul.

Forestier, malade, affaibli, toussant toujours, lui faisait, au journal, une existence penible, semblait se creuser l'esprit pour lui trouver des corvees ennuyeuses. Un jour meme, dans un moment d'irritation nerveuse, et apres une longue quinte d'etouffement, comme Duroy ne lui apportait pas un renseignement demande, il grogna:

– Cristi, tu es plus bete que je n'aurais cru.

L'autre faillit le gifler, mais il se contint et s'en alla en murmurant: «Toi, je te rattraperai.» Une pensee rapide lui traversa l'esprit, et il ajouta: «Je te vas faire cocu, mon vieux.» Et il s'en alla en se frottant les mains, rejoui par ce projet.

Il voulut, des le jour suivant, en commencer l'execution. Il fit a Mme Forestier une visite en eclaireur.

Il la trouva qui lisait un livre, etendue tout au long sur un canape.

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